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L'art et le socialisme & autres textes
Jean Jaurès


Jean Jaurès est né en 1859. C'est donc en plein coeur d'un XIXe siècle qu'il va à l'école, étudie, forge sa pensée. Il effectue ses études primaires et secondaires à Castres, puis Albi, avant d'entamer des études de philosophie à Toulouse et un cycle à l'École Normale à Paris.
De par ses études, le jeune Jaurès est donc empreint de culture classique. C'est avant tout la culture classique qu'il a étudié, et c'est d'abord celle-ci qu'il transmettra à ses étudiants en tant que professeur; c'est celle-ci qui le guidera dans ses débuts en politique, lors d'un début de XXe siècle chaotique.
En 1882, il soutient sa thèse sur l'esthétique et la perception des sensations. Notons qu'en cette fin de XIXe siècle, il est moins de 4 % d'étudiants qui choisissent de faire leur thèse principale en esthétique. Ainsi, sa thèse traite entre autres de la perception de la couleur. Sur ce sujet, Jaurès est très influencé par la théorie de la couleur selon Goethe.
En littérature, il connaît Sophocle et Euripide qu'il lit dans le texte. En art, il admire l'art grec. Pour lui, l'art est synonyme de beauté et d'harmonie : le Beau, le Bon et le Bien du Kalos grec : " Ce qui a fait la beauté de la civilisation antique, c'est la familiarité de l'art qui pénétrait partout, qui se mêlait à tout. Notre ambition est de retrouver cela."
Le jeune Jaurès aime donc un art beau, réaliste, idéal. Un art proche du peuple et de la société. Il se donne vite comme mission de partager ce goût, de rendre l'accès à l'art possible à tous. Et dès 1893 ; il signe des articles réguliers dans La Dépêche du Midi sous le pseudonyme du "Liseur". Ces articles ont pour but d'informer le peuple de l'actualité artistique, surtout littéraire, mais également théâtrale et picturale. Là encore, Jaurès affirme un goût très classique également influencé par l'art du XVIIIe et la pensée des Lumières.
Lorsque Jaurès s'engage en politique dès les années 1885, c'est avec son bagage d'homme de lettres. En tant qu'homme politique, c'est toujours cet art beau et générateur de belles pensées que Jaurès va défendre.
En 1900, il prononce un discours sur l'art et le socialisme . Jaurès y expose ses idées posant les bases d'une pensée sur l'art social. L'art, gratuit, doit être présent partout et pour tous. C'est au socialiste de permettre l'émergence de cette société nouvelle, en paix avec elle-même, de laquelle jaillira un art entier et harmonieux : "Il n'y a eu jusqu'ici que des lambeaux d'art humain car il n'y a eu jusqu'ici que des lambeaux d'humanité."
Jaurès invite donc les artistes à oeuvrer main dans la main avec les politiques.
Se pose alors la question de la cohérence entre cette pensée jaurésienne de l'art, vision d'un art classique, harmonieux, réaliste, et la création avant-gardiste contemporaine de Jaurès.
L'apparition de la photographie a révolutionné le travail du peintre, elle a ouvert d'immenses champs de recherche picturale sur la couleur, la forme et la matière pour mener à la révolution fauviste en 1905, puis au cubisme quelques années plus tard. Révolution qui a influencé toute la création, jusqu'à nos jours.
Aujourd'hui, l'art n'est plus forcément synonyme de beauté. Jaurès serait-il passé à côté de cette révolution ? Jaurès admire l'art réaliste, les peintres symbolistes comme Puvis de Chavanne. Il aime l'art public, le Penseur de Rodin installé dans les rues de Paris, la statuaire publique illustrant de grands hommes de la République : Louise Michel, Zola, les héros de la Révolution de 1789. Il apprécie également les recherches sur la lumière menés par les impressionnistes. Mais pour lui l'art doit faire sens avant tout. Jaurès est avant tout un républicain. Il défend un art social, populaire, gratuit, accessible et compréhensible par tous.
Nous sommes aujourd'hui dans une culture de l'image, tout le monde a en tête la Joconde, les peintures du Vatican ou la Vénus de Milo parce que nous les avons vues. Jaurès se bat pour une diffusion de l'oeuvre d'art à une époque où l'image fait encore partie de la sphère du privé, seulement accessible à la bourgeoisie ou à une élite. Ce sera d'ailleurs un de ses buts en créant l'Humanité que d'oeuvrer à la diffusion de la culture de l'image.
Il n'est pas pour autant de ceux qui fustigent la création contemporaine qu'il défendra d'ailleurs au nom de la liberté d'expression à l'Assemblée en 1911 devant d'autres députés beaucoup plus hostiles. Conscient lui-même de ses limites, il mettait déjà en garde ses étudiants : "Il y a un danger à faire différentes catégories de beauté. Dans toutes les révolutions littéraires ou artistiques, les hommes pénétrés de la culture ancienne sont insensibles ou hostiles aux beautés nouvelles. Il faut des jeunes gens pour les goûter et les protéger."
Aujourd'hui, l'accès aux musées est gratuit certains jours de chaque mois, les images circulent librement, la licence libre permet à chacun de pouvoir créer, s'exprimer, partager sa pensée. L'oeuvre d'art n'est plus " diminuée à n'être possédée que par quelques uns."
Lire les textes sur l'art de Jaurès, c'est aussi se replonger dans le long cheminement qui a permis cela.

Aude Larmet


Aude Larmet est historienne de l'art, graphiste et illustratrice. Elle se consacre à de nombreux projets culturels en accord avec l'idéal "d'Art humain" né de ses recherches sur Jaurès et les Beaux-arts.

ISBN : 978-2918527367 / Prix: X euros / 118 pages pages / Parution octobre 2016

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