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Qui suis-je ?
Pierre-Joseph Proudhon


En 1851, l'éditeur Garnier Frères publie Les confessions d'un révolutionnaire pour servir à l'histoire de la Révolution de Février. Son auteur, Pierre-Joseph Proudhon, a ôté depuis longtemps déjà ses habits d'ouvrier de Franche-Comté, et suscite désormais crainte et colère partout en France. Depuis une décennie, la pensée du théoricien anarchiste contribue à aiguillonner la question politique et sociale, à tel point qu'il se trouve, au moment de la publication, emprisonné à la Citadelle de Doullens, pour de précédents écrits.
Ses développements novateurs et si peu conventionnels concernant la question de la propriété occupent une place primordiale dans le débat public dès 1840, à l'occasion de la parution du premier ouvrage majeur de Proudhon, Qu'est-ce que la propriété ? Quelques années suffisent au penseur anarchiste pour envisager différemment un autre aspect essentiel des rouages d'un système économique inégalitaire, voire inique. En 1848, redéfinissant les structures et les mécanismes monétaires français, Proudhon élabore un dispositif parfaitement égalitaire, à destination des plus pauvres : la Banque du peuple. à travers cette institution d'un genre nouveau, Proudhon expose les fondements de sa pensée politique : abolition de la monnaie, fin du salariat et suppression de toute prise d'intérêt.

En juin de cette même année, à l'instar de Victor Hugo, Adolphe Thiers et Louis-Napoléon Bonaparte, Proudhon est élu député dans la circonscription de la Seine. L'arrivée d'un révolutionnaire à l'Assemblée nationale législative provoqua la plus " singulière curiosité ". Le mandat de Proudhon sera néanmoins rapidement interrompu du fait d'une condamnation à trois ans de prison pour "incitation à la haine et au mépris du gouvernement de la République". L'emprisonnement fait suite à la publication d'un pamphlet publié dans le journal Le Peuple. L'auteur s'attaquait au Président de la République, Louis-Napoléon Bonaparte, président préméditant au même moment un coup d'état. Proudhon, quant à lui, usant de son habituelle verve, mettait les Français en garde : "L'élection du 10 décembre, ne l'oubliez pas, a été une surprise faite au pays ; j'ai presque dit un "outrage" à la raison nationale". Proudhon sera emprisonné le 5 juin 1849, il ne sera libéré que le 4 juin 1852.

Dans ce contexte débute l'écriture des Confessions... Ouvrage de près de 400 pages où l'auteur propose une analyse critique des événements politiques, un descriptif détaillé des différents actes des gouvernements et un retour sur les récentes révolutions, de 1789 à 1849.
Le présent ouvrage est constitué de deux opus des Confessions, tout d'abord Qui suis-je ?, chapitre autobiographique, suivi de Banque du peuple.
Rappelant ses origines franc-comtoises, Proudhon relate dans Qui-suis-je ? l'événement qui marqua le début de sa vie publique. Né pauvre, et donc éloigné de toute forme d'enseignement supérieur, il se résout à concourir au prix décerné par l'Académie de Besançon, la pension Suard. Ainsi, le 31 mai 1838, dans le cadre des épreuves d'admission, Proudhon adressa aux membres de l'Académie un mémoire dont les termes, déjà, annoncés son combat :

Né et élevé au sein de la classe ouvrière, lui appartenant encore par le coeur et les affections, surtout par la communauté des souffrances et des voeux, ma plus grande joie, si j'obtenais les suffrages de l'Académie, serait de travailler sans relâche, par la philosophie et la science, avec toute l'énergie de ma volonté et toutes les puissances de mon esprit, à l'amélioration physique, morale et intellectuelle de ceux que je me plais à nommer mes frères et mes compagnons ; de pouvoir répandre parmi eux les semences d'une doctrine que je regarde comme la loi du monde moral, et, en attendant le succès de mes efforts, de me trouver déjà, messieurs, comme leur représentant vis-à-vis de vous.

À l'unanimité des membres, Proudhon est admis et bénéficie des subsides de l'Académie de Besançon, avant que ses premiers écrits ne déplaisent et lui valent une assignation en justice à la demande de cette même académie.

La rédaction de Qui suis-je ? en 1849 est l'occasion pour l'auteur de revenir sur certains malentendus, ou quelques maladresses, pour reprendre son expression. Ainsi, il détaillera sa pensée sur la propriété, les principes anarchistes et l'esprit démocratique. Ailleurs, dans les Confessions..., il aura cette formule célèbre : " L'anarchie, c'est l'ordre sans le pouvoir". Dans la seconde partie de cet ouvrage, nous proposons un écrit de référence, Banque du peuple, texte rédigé dans les mêmes temps et conditions que Qui suis-je ?
Ce texte fait suite à une réflexion initiée par Proudhon quelques années auparavant, dans Solution du problème social. Proudhon pose ici les fondements d'une théorie du crédit à taux zéro, idée s'apparentant au principe mutuelliste, encore en oeuvre aujourd'hui. Dans ce cadre, il imagine l'instauration d'une banque d'échange, une banque du peuple ayant pour tâche d'instaurer un crédit mutuel et gratuit. Les travailleurs, dans une logique de prêts ou d'échanges, posséderaient un capital utile à leur propre production, sans nécessité de contracter avec les propriétaires ou banquiers, devenant ainsi leurs propres banquiers. La naissance d'une telle démocratie économique ayant pour finalité l'abolition du capitalisme.
Telle que définie et pensée par Proudhon, la Banque du peuple ne fonctionna que quelques mois, le capital réuni pour un fonctionnement efficient n'ayant jamais été atteint. Il convient, d'autre part, de mentionner la vive hostilité d'un gouvernement conservateur et catholique, sous l'emprise du parti de l'Ordre. Dans un tel contexte, le dispositif avant-gardiste pensé par Proudhon ne pouvait que pérécliter.
Rédigé quelques mois à peine après la ruine de la Banque du peuple, ce second texte contient encore l'audace de l'initiateur d'un dispositif social absolument révolutionnaire pour l'époque. Derrière les termes de la présentation ici exprimée réside une impossibilité, une absence de sens, l'incompréhension chez Proudhon qu'une telle avancée n'ait pu se réaliser :
Le point de départ de la Banque du peuple, le but qu'elle poursuivait, était donc la liberté. C'est par un plus grand développement de la liberté individuelle qu'elle aspirait à fonder la liberté collective, la société à la fois divergente et convergente, la vraie solidarité des intelligences. C'est par la liberté qu'elle aspirait à réaliser la devise républicaine : Liberté, égalité, Fraternité.

En effet, critique envers tout gouvernement, révolutionnaire social, chantre de l'autogestion, du crédit gratuit et du mutualisme, Proudhon fut parfois mal compris ou récupéré en son temps et aujourd'hui encore.
L'ultime incompréhension réside dans sa célèbre citation "la propriété, c'est le vol". Selon lui, la propriété capitaliste consistant à exploiter le travailleur est identifiée comme une usurpation directe, en aucune manière le principe même de propriété ou la simple possession ne sont remis en cause, précisant lui-même, maintes et maintes fois, que le travail légitime la propriété.
Ainsi, en pleine Révolution de 1848, dans l'unique but de préciser sa pensée, ses théories et son souhait de réformes égalitaires, Proudhon lance le journal Le Représentant du peuple, plus communément appelé Le Peuple. Théoricien politique passionné, Proudhon dénonce la férocité du système capitaliste naissant, tout en soumettant et suggérant les réformes sociales les plus fraternelles et empreintes de liberté.

L'édition du 21 mars 1849 illustre un exemple d'opiniâtreté moderne. Tel un sacerdoce ou une forme de dévouement à l'humanité tout entière, Proudhon en quelques mots énonçait le rôle qu'il pensait être le sien :

De système, je n'en ai pas, j'en repousse formellement la supposition. Le système de l'humanité ne sera connu qu'à la fin de l'humanité... Ce qui m'intéresse, c'est de reconnaître sa route, et si je puis, de la lui frayer.

ISBN : 978-2-91-852723-7 / Prix: 8 euros / 82 pages

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