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Scrupules
suivi de Une perquisition en 1894

Octave Mirabeau

Avant propos, par Gilles Candar


Octave Mirbeau (1848-1917) est un de nos grands écrivains : à la fois romancier, homme de théâtre, journaliste, polémiste, l'auteur du Jardin des supplices(1899), du Journal d'une femme de chambre (1900), de Les affaires sont les affaires (1903) et du Foyer (1908). Il fut le compagnon des combats libertaires, mais aussi l'ami de Jaurès, en tout cas un militant de la liberté et de la justice, défenseur des syndicalistes, des enfants naturels, des indigènes colonisés et de bien d'autres causes.
Nous publions ici deux courts textes, en hommage à sa mémoire, mais aussi en pensant au monde d'aujourd'hui.
Scrupules fut d'abord publié le 26 janvier 1896 dans Le Journal, dirigé par Fernand Xau, un quotidien de grande diffusion, alors de sensibilité républicaine plutôt progressiste.
La nouvelle est reprise dans le n-7 du Mouvement socialiste, daté du 15 avril 1899, une revue de jeunes socialistes fondée au début de la même année.

Le directeur de la revue, Hubert Lagardelle (1874-1958), est un étudiant de 24 ans, animateur de La Jeunesse socialiste à Toulouse, fils unique de paysans qui, grâce au chemin de fer, ont bien vendu leurs récoltes sous l'Empire. Le secrétaire-gérant, Jean Longuet (1876-1938), à peine plus jeune, a moins d'économies à mettre dans la revue, mais son nom est déjà, célèbre : fils de Charles Longuet, ancien membre de la Commune, â la fois ancien proudhonien, ami de Karl Marx dont il a épousé la fille aînée Jenny, et de Clemenceau qui en a fait son rédacteur en chef à La Justice et dont il est resté proche.
Tous deux sont de jeunes et ardents militants : engagés d'abord dans le Parti Ouvrier Français de Jules Guesde et Paul Lafargue, l'oncle de Jean Longuet, ils ont pris leurs distances après avoir soutenu la campagne dreyfusarde de Jaurès. Malgré leur jeune âge, ils sont connus et reconnus de la plupart des dirigeants de l'Internationale socialiste, en Angleterre comme en Allemagne. Nul doute que Mirbeau ait eu de la sympathie pour ces jeunes et ait voulu les aider en les autorisant à reprendre cette nouvelle alors qu'il est un des auteurs les plus recherchés - et les mieux payés - de Paris, sauf justement quand il donne gratuitement sa collaboration. Par la suite, il insère Scrupules dans Les vingt-et-un jours d'un neurasthénique (chapitre 18) paru en 1901 aux éditions Fasquelle. L'année suivante, il transpose son récit sous la forme d'une pièce farcesque, portant le même titre, publiée toujours chez Fasquelle dans le recueil Farces et moralités en 1904.

Une perquisition en 1894 est un texte à peine plus ancien, écrit et publié au moment de la très grave crise sociale que connaît la France au début des années 1890 : grèves, manifestations, émeutes, misère, attentats et répression aggravée par les "lois scélérates" qui restreignent la liberté de la presse et le droit d'association, encore tout récents.
Ces lois servent contre les anarchistes, mais aussi en premier lieu contre nombre de militants syndicaux et autres : lire Les lois scélérates de 1893-1894 par Francis de Pressensé, un juriste (Léon Blum) et Émile Pouget paru aux éditions de La Revue blanche en 1899. Malgré l'opposition de Jaurès et de bien d'autres, les "lois scélérates" sont maintenues et elles ne seront totalement abrogées qu'en 1992... avant, peut-être, de revenir à la faveur d'une nouvelle vague d'attentats terroristes ? La nouvelle est publiée une première fois le 10 janvier 1894 dans Le Journal. Elle est reprise dans les Combats politiques d'Octave Mirbeau (Paris, Séguier, 1990), présentés par Pierre Michel et Jean-François Nivet.

Gilles Candar

Prix: 5 € / 40 pages

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