Il y avait une route bien tracée devant lui. Rien ne semblait devoir altérer sa trajectoire. Et puis quelque chose est arrivé qui a tout changé. Une guêpe l’a piqué, et quand il s’est regardé dans le miroir il n’était déjà plus le même.
Dans Le monde me quitte, l’incertain protagoniste Frank dit ce bouleversement, sa nouvelle existence. Il parle, il parle trop. C’est le récit qui parle. Frank rêvait de solitude et de silence, et le voilà maintenant affublé d’un compagnon tout aussi incertain. Il n’est plus seul. C’est sans doute qu’il avait besoin de quelqu’un pour faire ce qu’il s’était donné à faire : se retirer, peutêtre, enfin, du monde. L’écriture de Vincent Guédon est intacte, poétique et sensible. Une écriture qui dit et explicite le monde dans ses moindres failles, décrivant une société folle, justement, si peu poétique.
Auteur de Ce qu’on attend de moi, Le monde me quitte est le deuxième roman de Vincent Guédon.
Comédien et écrivain, Vincent Guédon est issu du conservatoire puis du Théâtre National de Bretagne. Après une collaboration au journal L’Impossible, dirigé par Michel Butel.
Extrait :
Oui, je rétrécissais, je diminuais, et mon sang refluait vers mon coeur comme un homme saisi par le froid. Je mangeais peu et ce froid envahissait tout. Je vivais dans un monde glacé, je fondais, tête en bas, stalactite promise à la disparition. Et pourtant, dit-il, j’étais un industriel aimé, oui. Le matin je disais bonjour à tout le monde, quelle que soit sa fonction. Du gardien au sousdirecteur, du plus bas au plus haut. Pure démagogie, bien sûr. Je dis industriel, je pourrais dire patron, plus simplement. Patron d’une société, société de fabrication, fabrication d’engins, engins de chantier, et autre. C’était surtout cet autre qui m’enrichissait. Je visais haut.
ISBN : 978-2918527329 – 88 pages – 10 euros
