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Paru en 1886, Ni révoltés, ni satisfaits est un manifeste écrit par Charles Gide dans le premier numéro de L’Emancipation. Gide et ses amis, petit groupe d’expérimentateurs sociaux, oeuvrent à la recherche d’un axe permettant à la société d’évoluer de manière respectueuse des libertés individuelles tout en étant dotée d’une vraie efficacité économique. Ainsi, dressant d’une part le portrait des révoltés et d’autre part celui des satisfaits, Gide entend trouver la voie du milieu car « Toute révolution, soit qu’elle échoue, soit même qu’elle réussisse, entraîne encore plus de souffrances pour les pauvres que de ruines pour les riches ».

Les sans-travail est un rapport rédigé en 1904 à destination d’une commission sociale. Charles Gide se situe ici à la genèse de la représentation moderne du chômage involontaire et du chômeur/victime. Entre 1880 et 1890 s’établit effectivement le processus de classification des pauvres et des sans-emploi. Le terme chômeur apparaît dès le début des années 1850. Dans un premier temps, le mot est chargé d’une connotation religieuse, puis concerne progressivement la société civile, autour notamment de l’inactivité d’une certaine partie de la population ouvrière. S’agissant avant tout de celui qui refuse de travailler, la définition se précise en 1870 pour identifier l’ouvrier qui chôme. La crise de 1880 fait émerger le terme des « sans-travail », notamment dans les milieux ouvriers, syndiqués et socialistes.

Le processus de classification, chez Gide, est avant tout la résultante d’une volonté de clarification quant à la définition du « sans-travail ». Il ne s’agit que de ceux qui sont capables de travailler et qui ont la bonne volonté de le faire, mais qui, par suite de circonstances spéciales que nous allons expliquer, ne parviennent pas à réaliser leur désir. La nécessité d’expliciter et d’identifier la population dont il est question dans le rapport, répond au contexte particulier de la fin du XIXe siècle, où la mendicité et la pauvreté participaient à un grand nombre d’études et de rapports commandés ici et là. Le traitement singulier dans le débat politique et social autour des valides et des invalides, mais aussi des méritants et des non-méritants, suppose une position juste de la part de Gide. Il en va de même quant à l’explicitation des causes du chômage : L’une, qui est la plus facile à guérir, résulte simplement d’un défaut de coincidence entre les offres et les demandes d’emploi. (…) L’autre, qui est beaucoup plus grave, résulte de l’insuffisance de l’offre du travail relativement à la demande. Il y a plus de travailleurs disponibles que les conditions économiques de la production ne le comportent ; donc il faut nécessairement que, tant que ces conditions ne seront pas changées, un certain nombre de bras restent inoccupés. Exhaustif, le rapport de 1904 de Charles Gide est actuel autant dans sa définition du chômeur que dans les causes structurelles du chômage. Les solutions proposées en fin d’ouvrage sont étroitement liées au contexte politique et social de l’époque. Charité et assistance publique, ou encore entraide protestante, assurent un subside aux pauvres et, plus généralement, occupent une place prépondérante dans l’aide apportée aux sans-travail. L’ensemble du texte reste néanmoins frappant d’actualité, et jette un regard glacial sur une société qui définitivement n’a guère de solutions pour garantir pleinement l’application de l’article 23 de la Déclaration Universelle des Droits de l’homme et du citoyen : Toute personne a droit au travail, au libre choix de son travail, à des conditions équitables et satisfaisantes de travail et à la protection contre le chômage.

Extrait :

Les uns sont las de se priver, las de faire maigre chère à côté de tables somptueusement garnies, las de bâtir et de meubler des palais pour coucher dans des galetas. Ils veulent que tout cela finisse et tôt. Ils entendent jouir et vite. Ils ont les dents longues, la menace au poing, la haine au coeur. Ce sont les révoltés.

Les autres trouvent que ce monde, après tout, n’est pas si mauvais et qu’il fait bon vivre, ils ont chaud l’hiver et frais l’été. Ils aperoivent bien, de loin, quelques misérables mais ils se consolent en se disant que, sans doute, ils le sont devenu par leur faute, et d’ailleurs, si tout le monde avait des rentes, qui donc travaillerait ? Ce sont les satisfaits.

Prix : 6 euros

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