Saint-Simon, dans la parabole des « abeilles et des frelons », s’intéresse aux fondements même du système, identifiant ainsi l’inversion des valeurs, pouvoirs et autres vertus. Le postulat initial est qu’il y a inversion entre gouvernés et gouvernants, dominés et dominants, industriels et nobles. Il faut donc « inverser l’inversion » pour remettre la société à l’endroit. Pas avec une révolution qui ne remplacerait que les hommes mais grâce à « un système pour remplacer un système ». Extrait : « La prospérité de la France ne peut avoir lieu que par l’effet et en résultat des progrès des sciences des beaux-arts et des arts et métiers ; or, les princes, les grands officiers de la couronne, les évêques, les maréchaux de France, les préfets et les propriétaires oisifs ne travaillent point directement au progrès des sciences, des beaux-arts, des arts et métiers ; loin d’y contribuer, ils ne peuvent qu’y nuire, puisqu’ils s’efforcent de prolonger la prépondérance exercée jusqu’à ce jour par les théories conjecturales sur les connaissances positives ; ils nuisent nécessairement à la prospérité de la nation en privant, comme ils le font, les savants, les artistes, et les artisans, du premier degré de considération qui leur appartient légitimement; ils y nuisent puisqu’ils emploient leurs moyens pécuniaires d’une manière qui n’est pas directement utile aux sciences, aux beaux-arts et aux arts et métiers ; ils y nuisent, puisqu’ils prélèvent annuellement, sur les impôts payés par la nation, une somme de trois à quatre cents millions sous le titre d’appointements, de pensions, de gratifications, d’indemnités, etc., pour le payement de leurs travaux qui lui sont inutiles. »
Sur la querelle des abeilles et des frelons (extrait)
Pierre MUSSO est Professeur des Universités à l’Université de Rennes 2.
Philosophe de formation, il est spécialiste de la pensée de Saint-Simon, de la théorie des réseaux et de la communication. Il a dirigé en 2003, le colloque international sur « l’actualité du saint-simonisme » du Centre Culturel International de Cerisy-la-Salle. Il prépare en collaboration « l’édition critique des Oeuvres complètes de Saint-Simon » à paraître en 2011. Il est l’auteur de plus de 200 publications, dont une trentaine d’ouvrages parmi lesquels sur Saint-Simon et le saint-simonisme : – Télécommunications et philosophie des réseaux. La postérité paradoxale de Saint-Simon. Presses Universitaires de France. Paris. 1997 (2me édition 1998). – Saint-Simon et le saint-simonisme, coll. « Que sais-je? » PUF. Paris. 1999. – Critique des réseaux, Presses Universitaires de France Paris. 2003. Trad. Italienne L’ideologia delle reti, Apogeo, 2007. – Actualité du saint-simonisme. Colloque de Cerisy. Presses Universitaires de France. 2004 – Le vocabulaire de Saint-Simon, éditions Syllepse, 2005 – La religion du monde industriel. Analyse de la pensée de Saint-Simon, éditions de l’Aube, 2006. – Saint-Simon, l’industrialisme contre l’Etat, Editions de l’Aube, 2010.
Prix: 6 euros / 102 pages
