De retour dans sa ville natale, le narrateur se retrouve avec son père et revoit l’usine, partout l’usine, et tout autour d’elle la peur des avenirs d’enfant et la culpabilité, la culpabilité d’un corps aimé qui est tombé, des corps esquintés qui l’entourent, mécaniques, les corps muets, la culpabilité aussi de ne pas avoir trouvé les mots, les mots qu’il fallait dire ou ne pas dire, et la colère de ne pas les entendre.
Le frère du narrateur, son père, sont machine, plante ; lui a fui, il ne sait plus ce qu’il estparmi eux, alors il reste silence. C’est par le langage écrit, et non oral, que leur humanité peut leur être rendue. Originaire d’une petite ville de Lorraine toute entière vouée à la fonte, Guillaume Brandebourg a connu les bruits et les odeurs, ceux qui quittent l’école pour l’usine et les poussières métalliques dans l’oeil. Dans une langue poétique, sur des terres industrielles dévastées, des hommes aux allures de machines redéfinissent les contours du monde ouvrier. La figure emblématique de l’ouvrier devient ici matière, masse abimée, broyée puis ignorée.
Guillaume Brandebourg a 31 ans et vit à Berlin. Et rien qui ne sort des bouches est son premier roman.
Extrait :
Je n’ai pas compris les veines et les brûlures, les hématomes bleus qu’il arborait et qui ressemblaient à des bastaings de fer dégoulinant, son squelette cassé, remplacé par un chantier dévasté, interdit aux sentiments quels qu’ils soient ; tous ses organes internes ne palpitaient que par décharges électriques, son corps sur des ressorts qu’il avait renoncé à remonter ; il ne ressemblait déjà plus à un homme, il s’était lui-même transformé en usine et je m’en veux de ne pas avoir saisi la hauteur du verdict quand il a dit que l’humanité lui manquait, en regardant avec la dernière étincelle d’envie l’innocence de son fils, qu’il prononçait alors que déjà il savait qu’il y retournerait bientôt
ISBN : 978-2918527-33-6 – 114 pages – 10 euros
