Par contrainte financière ou par intérêt intellectuel, l’écrivain du XIXe siècle commence par être journaliste, chroniqueur et feuilletonniste, avant d’être reconnu comme écrivain. Durant ce siècle, les liens existant entre la Littérature et le journalisme ne cesseront de s’affirmer, au point de faire de la publication en périodique le mode de publication principal.
Ainsi, les lecteurs de journaux de l’époque auront tout loisir de découvrir en feuilleton Madame Bovary de Gustave Flaubert dans La Revue de Paris, en 1856. À leur tour, George Sand et tant d’autres séviront dans différentes revues avant de proposer leurs propres publications. Écrivain de son temps, Émile Zola publiera L’Assomoir en feuilleton dans la revue Le Bien Public et dans La République des Lettres en 1876, avant de diriger son premier journal, La Marseillaise.
Le singulier parcours de Zola dans le journalisme débute au service des expéditions chez Hachette en 1862. Puis, on confiera à l’auteur en herbe la rédaction des annonces de l’éditeur dans son Bulletin du libraire et de l’amateur de livres. Le talent du jeune journaliste se révèle, Zola sera promu directeur du service Publicité et collaborera rapidement avec d’autres rédactions: le quotidien républicain La Cloche où il sera chroniqueur parlementaire, le journal L’Événement en 1866, et plus tard Le Bien Public et Le Voltaire où il sera critique Littéraire de 1877 à 1880. Ainsi, Zola diversifiera son rapport au journalisme en écrivant dans des journaux aussi différents les uns que les autres. Il écrira plus tard :
Je crois bien que j’ai mis les mains à toutes les besognes, depuis les faits divers jusqu’au courrier des chambres.
Les textes réunis dans le présent ouvrage s’inscrivent dans des registres volontairement disparates. La Littérature et la gymnastique a été publié en 1865 dans le journal lyonnais Le Salut Public. Zola publiera dans ce quotidien dix-sept articles pour la seule année 1865, tous consacrés à une réflexion théorique sur l’oeuvre d’art.
Dans son édition du 5 octobre 1865, à travers l’article La Littérature et la gymnastique, le journaliste propose une réflexion sur une esthétique moderne et l’épanouissement du corps. Parlant d’un peuple imaginaire et idéalisé, il écrit:
Ils vivent demi-nus, se connaissent à la forme excellente d’une jambe ou d’un bras, comme nos dames d’aujourd’hui se connaissent à à la coupe plus ou moins élégante d’une robe. Leur grande affaire est d’être beaux et forts; ils n’ont pas d’autres occupations; ils ne naissent pas pour résoudre des problàmes ni trouver des vérités, ils naissent pour se battre, pour grandir en vigueur et en grâce. »
Critique acharné du Second Empire et conscient de vivre une époque de transformation sociale, Zola adresse aux lecteurs une mise en garde ferme et pleine d’empathie, invitant à se réaliser par et à travers le corps, car dit-il: Nous sommes malades, cela est bien certain, malades de progrès. Il y a hypertrophie du cerveau, les nerfs se développent au détriment des muscles, et ces derniers, affaiblis et fiévreux, ne soutiennent plus la machine humaine. L’équilibre est rompu entre la matière et l’esprit. Remède contre la folie, la gymnastique et la culture du corps participent à la production de l’oeuvre de l’esprit. La culture intelligente et fortifiante de la chair est présentée ici comme seule et unique alternative au déséquilibre de la pensée et aux égarements d’une civilisation en pleine mutation.
Le lecteur découvrira ensuite La Marseillaise, article de presse en lien étroit avec le journal du mÉme nom dirigé par Zola. Puis dans une dynamique d’écriture similaire, ce court recueil prend fin avec un appel au combat lancé par Zola contre les Prussiens lors de la guerre de 1870: Aux armes !
Cet article paraîtra dans Le Messager de Provence, il sera présenté comme la réponse du journal La Marseillaise aux Prussiens. Violent, vengeur et annonciateur de jours de gloire, Aux armes ! est un article guerrier aux antipodes du fameux J’accuse ! qui verra le jour en 1898, dans le cadre de l’Affaire Dreyfus. Fabrice Millon
ISBN : 978-2-918527-18-3 – Prix: 4 euros – 58 pages
