Louise Michel – L'ERE NOUVELLE

Durant sa cinquante-septième année, en pleine tournée politique, Louise Michel, qui ne saurait abdiquer, prend la plume et rédige L’ère nouvelle. Une plume agressive et rageuse, à l’image d’un parcours émaillé de combats, de victoires et surtout de défaites.
Cette charge littéraire fait suite à de nombreux ouvrages déjà publiés. Deux mois seulement après son retour du bagne de Nouvelle-Calédonie, en 1881, Louise Michel, en collaboration avec Marguerite Tinayre, publiera un roman feuilleton, La Misère. En 1884, paraîtra Contes et légendes, puis l’écriture occupera une place majeure dans la vie de la socialiste devenue anarchiste, elle débutera l’écriture de ses Mémoires, en 1886. Le dénouement sanglant de la Commune de Paris et la déportation au bagne ravivent à tout jamais une insatiable soif de justice et de liberté. Assurée d’une victoire à venir, la « Vierge rouge » emploiera sa liberté retrouvée à condamner le système entier. Manifestations diverses, tournées politiques et écriture deviennent des armes au maniement subtil, un arsenal douteux aux yeux de l’autorité politique et policière en place à la fin de XIXe siècle

. De fait, bien que L’ère nouvelle ne soit pas un texte majeur, sa publication furtive en 1887 impose une nouvelle publication aujourd’hui.

Sans difficulté, le lecteur attentif aura tout loisir de constater à quel point une partie du texte n’a pas perdu de son attrait. Visionnaire ou èconomiste d’envergure, Louise Michel propose une description fidèle des affres économiques d’une jeune IIIe République, confondante d’actualité.

D’une écriture âpre et amère, L’ère nouvelle dessine une société en pleine décomposition, une société où seule la révolte peut Étre envisagée comme une digne riposte. En phase avec son temps, avec ses mots, Louise Michel assène des coups sans relâche. Le texte est chargé d’un vocabulaire apocalyptique, d’un rythme effréné et d’une déconcertante ténacité stylistique.

Fabrice Millon

Extrait

« La société humaine n’en a plus pour longtemps de ces guerres qui ne servent qu’à ses ennemis, ses maîtres : nul ne peut empêcher le soleil de demain de succéder à notre nuit. Aujourd’hui nul homme ne peut vivre autrement que comme l’oiseau sur la branche, c’est-à-dire guetté par le chat ou le chasseur. Les États eux-mêmes ont l’épée de Damoclès suspendue sur leur tête : la dette les ronge et l’emprunt qui les fait vivre s’use comme le reste. Les crève-de-faim, les dents longues, sortent des bois ; ils courent les plaines, ils entrent dans les villes : la ruche, lasse d’être pillée, bourdonne en montrant l’aiguillon. Eux qui ont tout créé, ils manquent de tout. »

ISBN : 978-2-91-852722-0 / Prix: 6 euros / 58 pages

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